jeudi 14 avril 2016

10 jours à Erbil avec les réfugiés chrétiens

Je publie aujourd'hui le compte-rendu du voyage effectué par François Brélaz - ancien député suisse - au Kurdistan en mars dernier.

Nous avons été en contact et je l'ai aidé - un tout petit peu - à la préparation de son séjour à Erbil.

La statue de la Vierge, à l'entrée d'Ankawa, le quartier chrétien d'Erbil 
Voulant en savoir plus sur les chrétiens réfugiés à Erbil, j'ai décidé d' y aller...

Erbil et sa province sont au nord est de l'Irak ; les autorités ont fait sécession, déclaré la « Région autonome du Kurdistan » et pour le moment ça fonctionne bien et en paix, même si Daech n' est qu'à 30 km. d'Erbil.

Cette région n'est pas au bout du monde ; on y va en 6 heures d'avion, via Vienne et il n'y a pas besoin de visa.

Le plus difficile a été de me trouver un point de chute car, à défaut de trouver un traducteur français/arabe, il m'en fallait au moins un anglais/arabe. Après moult courriel j'ai trouvé Firas, un syrien habitant Erbil et actuellement sans travail.

Le 23 mars au soir j'avais rendez-vous dans un hôtel à Ankawa avec Firas et un père jésuite français censé me donner quelques renseignements sur la situation des réfugiés chrétiens à Erbil. Ankawa est un quartier d' Erbil avec une population chrétienne à 80%.

La chance étant avec moi, il y a un camp de réfugiés nommé Mar Elia juste en face de l'hôtel et le responsable est le père Douglas, un prêtre chaldéen.

C'est donc lui que je suis allé voir en premier ; le contact à été excellent. Pour entrer en contact avec  des réfugiés, je suis allé à la messe pour, à la fin de celle-ci, interpeller quelques personnes par «  do you speak english ? »

La chance est avec moi. Je tombe sur un couple parlant 3 mots d'anglais et 2 de français. Ces personnes sont dans une situation difficile : En novembre 2015, la famille, 2 adultes et 2 adolescents, dont le père a pour prénom Bassam, a obtenu les visas pour aller en France, à Lyon. 

Malheureusement, en février 2016, pendant des vacances, la famille retournait en visite à Erbil pour constater rapidement que les français  rechignaient à les reprendre...  Madame m'avouera qu'elle souffre d'insomnies et pleure la nuit...

Me lier d'amitié avec cette famille était la garantie de pouvoir circuler librement dans le camp, du reste pas très grand, 112 familles, soit 420 personnes environ, mais révélateur des conditions de vie de ces réfugiés entassés les uns sur les autres.

Le mot famille est à prendre au sens large du terme et peut englober plusieurs générations. Chaque famille vit dans un container de 8 mètres sur 3 environ. La porte d'entrée est à une extrémité, souvent, en face il y a 2 lits dans le sens de la longueur et au fond les couvertures de ceux qui dorment à même le sol. La cuisine se fait à l'extérieur, ce qui n'est pas nécessairement agréable lorsqu'il pleut et l'éventuel frigo se trouve également dehors.

Pour l'eau, il y a des robinets à divers endroits du camp. La lessive se fait autour de ces robinets. Autant dire que les femmes sont occupées toute la journée par les tâches ménagères. Les WC et douches sont collectifs. C'est l'église chaldéenne qui gère le camp. Pour les familles très nécessiteuses, on distribue chaque mois un colis nourriture. L'électricité est gratuite mais l'église ne distribue pas d'argent, les gens doivent se débrouiller.

La discussion avec les réfugiés est souvent brève : Tous viennent de Qaraqosh, une ville irakienne chrétienne à 30 km à l'est de Mossoul et dont les habitants ont fui Daech. J'ai le sentiment d'avoir en face de moi des gens en stand-by. Ils n'ont pas d'idées concernant l'avenir. Un homme me dit qu'en Europe il faut payer des impôts alors qu'à Qaraqosh une famille vivait bien avec 500 francs suisses par mois. Certains aimeraient retourner vers leur ancien domicile mais ils n'y croient pas trop. L' Europe ? Beaucoup haussent les épaules...

A Erbil et dans les environs, il y a des dizaines de milliers de réfugiés et Bassam, mon nouvel ami, me propose de rendre visite à de la parenté à Kasnazan, 20 kilomètres plus loin. Les réfugiés sont logés dans des villas jumelles, en dur donc, mais mal construites et qui prennent l'eau. Concernant l'occupation des locaux, c'est aussi l'entassement. Au rez de chaussée, il y a une pièce de 8 mètres sur 7, un coin cuisine et des WC turques. La même chose à l'étage. La famille qui nous reçoit est composée de 10 personnes. Au rez, les grands parents, à l'étage, les 2 fils avec épouse et enfants. La nuit, les grands parents dorment au rez et les 8 autres personnes à l'étage...

Le lendemain, visite au camp d'Ashti 2. Il est immense, 1'200 familles soit plus de 5'000 personnes.
Bassam y a aussi de la parenté. De la manière dont les containers sont disposé, il y a des rues assez larges. Il est vrai que certains réfugiés ont une voiture. Je suis presque tenté de dire que ce camp est luxueux : les containers sont plus longs que ceux de Mar Elia, la porte est au milieu dans le sens de la longueur, en face les WC et la douche, un réservoir d'eau sur le toit, et de chaque côté une petite chambre. Un confort relatif tout de même pour des gens qui risquent d'y  végéter pendant des années et il ne faut pas oublier qu'en été la température peut atteindre les 40 degrés, transformant les containers en fournaise. Un panneau indique le soutien de Caritas suisse.

Pour ceux qui rêvent d'Europe, le consulat de France à Erbil délivre des visas, ce qui permet aux requérants de venir légalement et en avion. Selon mes renseignements, la Suède a une ambassade qui procéderait de la même manière. La Suisse, elle, est aux abonnés absents...

J'ai été frappé par la ferveur de ces gens ; la veille de Pâques, il y avait plus de 1000 personnes à la Cathédrale St-Joseph.

Nul doute que je retournerai à Erbil, mais il est pénible de quitter des gens dont l'avenir est tout sauf radieux...


La Vierge dont la bonté rayonnante écrase sans effort le Serpent du mal.



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