mercredi 16 mars 2016

Une longue escale à Istanbul - vol aller

J'ai mis au propre ces quelques notes prises à l'aéroport Atatürk d'Istanbul.



Comme une mer étale
sous un ciel trop gris
comme une eau stagnante
dans une mare

une flaque d’eau

Mes entrailles
mes liquides
mon cœur
mon âme
mes humeurs gélifiées

Que le vent
le courant
le cri de l’animal
ou la botte de l’enfant
Viennent les troubler
les agiter
les réveiller
Et pourquoi pas
ainsi
aussi
peut-être
enfin
me
ressusciter

*

10 heures d’escale à Istanbul – pause entre Erbil et Moscou - avec une arrivée à 5 heures du matin et un départ à 15h.
Léger mal de tête, mal de ventre, mal de dos.
Je pourrais laisser ma valise à la consigne et faire un saut en ville : mais je suis trop paresseux pour cela, je préfère m’ennuyer en compagnie de mes amies petite nausée et douce mélancolie. Et essayer aussi de dormir une ou deux heures sur un banc.
Pas d’internet, pas de cartes, et d’ailleurs personne pour jouer aux cartes avec moi.
Ce n’est pas grave : un cahier, un stylo et voilà, je vais  jouer au poète.

*

Seigneur, chasse de mon cœur la tristesse. Seigneur, mets-y la joie.

*
Ne rien avoir à dire
Et le dire
Tout ça pour continuer à dire
Comme marcher pour marcher
Pour la santé
Avec la chance, si Dieu veut, de découvrir un sourire ou un paysage.

*

L’adolescent en moi est toujours vivant ; le jeune homme con toujours présent.
Devant tous ces voyageurs en transit, il ricane, le jeune con, il dit : « Mais où croient-ils donc tous aller ? Quelque part ? Mais ils ne savent donc pas, les idiots, que leur agitation est inutile et qu’ils vont tous au même endroit : à la mort. »
Il ricane, le jeune coq, au lieu de se taire et de considérer ce qui est : un tel va travailler, tel autre va en vacances, tel autre va retrouver l’être aimé.
Il faudrait laisser parler l’enfant : « Tous ces gens qui bientôt voleront comme des oiseaux dans les nuages. »



*

Et tout ce que je dis sur le jeune homme et l’enfant n’est que du réchauffé, du Nietzsche et du Gomes Davila à ma sauce.
Les écriteurs comme moi ne sont que des perroquets avec parfois peut-être, par chance, quelques belles plumes.

*

J’ai eu l’occasion de passer quelques journées à Istanbul ces derniers mois. Moi qui croyais avant que les Turcs avaient des « têtes de turcs », qu’ils étaient – pour reprendre une expression qu’affectionne ma grand-mère – « très typés »… mais c’est complètement faux ! Physiquement les Turcs ressemblent aux Français. Il y a des blonds, des roux, des châtains, des bruns. Il y a des gars qu’on a envie d’appeler Marcel ou Jean-Pierre. Des siècles de razzia en Europe ont permis ce grand métissage.
Franchement, je ne vois pas beaucoup de différences entre la France et la Turquie. A la rigueur, il y a peut-être un peu plus de femmes voilées et de mosquées en Turquie qu’en France – pour l’instant du moins !

*

La Turquie doit-elle intégrer l’Europe ?
Avez-vous remarqué que cette question peut se comprendre en deux sens radicalement opposés ?

*

Ces machines à plastifier les bagages qui prolifèrent dans les aéroports du monde entier – et qui ne servent à rien sinon à polluer les océans.

*

Si j’étais ce riche Qatari avec quatre femmes et six grosses valises Lancel et Louis Vuitton - sans doute pleines d’électroniques et d’habits de marque - je serais sans doute plus nuancé.

*

Après plusieurs années passées à enseigner avec le support du CNED (Centre National d’Education à Distance), je crois pouvoir dire que je possède une bonne connaissance des programmes officiels. Or  ce qui me choque, c’est le rabâchage dans toutes les matières, du CP à la Terminale, du dogme écologique : protéger la Nature, sauver la Nature, sauver la planète, sauver les océans, sauver les espèces. Et l’Homme dans tout ça ?
L’écologie est devenue une fin en soi, et non plus un moyen.
C’est pour cette raison que l’écologie n’est pas un humanisme.

*

Une terre propre comme un bel aéroport aseptisé.

*

La catastrophe humanitaire justifie l’intervention militaire (et cette dernière fera dix fois plus de victimes que cette première – la Lybie de BHL et Sarkozy par exemple)
La catastrophe écologique justifie l’intervention politique (qui fera cent fois plus de victimes – les campagnes pour l’avortement d’Amnesty International)

*

En Russie et au Kurdistan, l’écologisme n’a pas encore frappé : c’est pour ça que les bords de la Volga et les collines d’Erbil sont jonchées de bouteilles et de sacs en plastique.
Saleté ? Non, liberté !

*

La vérité comme dévoilement
La femme voilée comme questionnement
Erotico-Méta
Physique
Le violeur de femmes voilées,  philosophe raté dévoyé ?

*

Le fragment précédent est complétement foireux. L’écriteur, tel un bricoleur du dimanche, est à la recherche du bon outil pour planter un clou dans le mur : sera-ce une planche ? une pierre ? un marteau.
Pour l’écriteur : un oxymore ? une homonymie ? un zeugme ?
Mais aucun bon outil n’assure la bonne réalisation de sa tâche.
Mauvais fragment, clou mal planté

*

Ce fragment raté, je pressens cependant qu’il existe sous une forme parfaite quelque part – forme que je n’ai pas trouvée, car sans doute je n’ai pas assez cherché.

*

Zeugme, le mot fait rêver, non ?
Exemple : Il a pris sa valise et son courage à deux mains.
Mais je préfère entendre cette jeune fille qui me dit : Prends-moi ici…
En photo, bien-sûr !

*

Est-ce parce que le jour se lève ? Parce que le mal de tête (sous l’effet de 1000mg de paracétamol générique) s’estompe ?  En tout cas, ma déprime matinale, ma « mer étale » me quitte doucement. Ou peut-être est-ce l’écriture le remède ? (ou ma petite prière ?)
Ecrire me fait du bien.
En fait, ce n’est pas écrire, c’est agir qui fait du bien.
L’action qui nous détourne de notre néant. Et voilà, je vais citer Pascal et le « divertissement ».
Ou Voltaire et se fameuse formule : « L’homme est né pour l’action comme le feu tend en haut et la pierre en bas »
Je n’ai jamais cessé d’être un khâgneux à fiches qui cite ses classiques.
Il faudrait que « j’ose penser par moi-même » : mais même cette injonction n’est pas de moi mais de Kant !

*

Ce sentiment d’être comme un train, une brave micheline de campagne – j’ai la liberté d’aller où je veux mais malgré les aiguillages et l’immensité du réseau ferré, je suis condamné à rester sur les rails.
Comment dérailler ? Comment sauter loin des voies ? Et d'ailleurs le faut-il ?
Seigneur, éclaire-moi.



6 commentaires:

  1. Coucou Grog, je suppose que toute cette mélancolie s'est estompée doucement pour se transformer en une joie éclatante? En tout, en passant rapidement sur ces notes, je sens qu'il va falloir y revenir et pas une seule fois pour décortiquer certaines d'entre elles...En tout, j'ai bien apprécié votre style. Bonne continuation et à bientôt! Acia

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    1. Bonjour Acia, me voici pieds dans la neige avec mes chéries : vent froid, ciel bleu, grand soleil !

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  2. .... décidément, le mot "cas" n'est pas apprécié par ma tablette, je corrige "en tout CAS"!

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  3. Modeste écrivaillon et amateur de bonne chère, je vous soumets cette phrase de Maine de Biran : "Que la vie nous tue à petit feu, quoi de plus sûr. Au moins espère-t-on donner un peu de goût au bouillon et à la cuisson une certaine allure."

    Mon modeste fond philosophique est empli de fumets qui élève mon âme!!!

    Ressentir une envie de partage, comme une Cène.

    Bien amicalement

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    1. Bonjour Ronald, merci pour cette belle citation de Maine de Biran, dorénavant je ne regarderai plus les glou-glou de mon bortsch avec le même oeil !
      J'ai vu hier une LADA VESTA dans les rues de Togliatti, belle allure...
      à bientôt

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  4. Ça tombe bien, j'ai des restes de borch dans mon frigo. Je penserai à vous en le mangeant ce midi. Mais je crois qu'il a un goût français, avec des épices que j'ai trouvé à Intermarché. Le goût du vrai borch russe pour moi c'est celui de ma mère, à jamais! Bonne journée à tous! Acia

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