samedi 16 janvier 2016

Le rouble chute, le lombard monte !

Oui oui, je parle bien du « lombard » et non pas du dollar même s’il est vrai que la chute du rouble est de nouveau vertigineuse puisque ces jours-ci 1 dollar s’échange à 78 roubles et s'apprête à passer bientôt le barre symbolique des 80 ! (1 dollar valait 50 roubles il y a 8 mois.)

Le baril à 30 dollars est sans doute la cause principale de ce piètre résultat.

Alors certes Vladimir Poutine peut toujours dire que cette «  baisse du pétrole précisément oblige à assainir l’économie » en la diversifiant, il peut toujours ajouter que « nous nous dirigeons vers une stabilisation et une croissance économique » …  il n’empêche…  en attendant l’assainissement et la reprise, le lombard, lui, est toujours là – et il ne semble pas prêt de disparaître.

Le lombard ?

Oui, le lombard, ce « magasin » typiquement russe qui se trouve dans tous les quartiers, à tous les carrefours. Il y a presque autant de « lombards » dans les villes que de pharmacies : ces dernières soignent le corps, ces premiers soignent –mais très mal – le porte-monnaie.



Le lombard, c’est un mont-de-piété. Quand vous n’avez plus d’argent pour finir le mois, pour payer l’électricité, les soins pour votre enfant, ou votre alcool si vous êtes alcoolique : alors vous allez vous y échouer et vous y déposez vos objets de valeur (montre, ordinateur, bijoux, fourrure, voiture…) en échange d’un peu de cash. Si vous remboursez à tant, vous pouvez récupérer vos biens. Si vous ne remboursez pas, tant pis pour vous : le lombard garde vos biens et les vend à bon marché.




Il n’y a pas que les lombards, il y a aussi les agences de crédits-cash. Elles ont des noms mensongers qui fleurent l’argent facile : Dyengi Migom (l’argent en un éclair), Finanssovi Doctor (docteur des finances), Daï Dyengi (donne les sous), etc.




Lors de mon dernier séjour à Togliatti, fin décembre 2015 début janvier 2016, j’ai eu la nette impression que ces agences étaient plus nombreuses qu’avant. Au moins une dans chaque petit centre commercial, une sur chaque boulevard, une près de chaque école. Le principe est simple : vous vous munissez d’une pièce d’identité, et en quelques minutes vous obtenez du cash, généralement entre 20000 et 50000 roubles (en province, 20000 roubles, 300 euros, correspondent au salaire mensuel d’un professeur à l’Université ou d’un technicien supérieur ;  50 000 roubles, 700 euros – correspondent au salaire d’un directeur de supermarché ou d’un ingénieur). Le taux d’intérêt  - il faudrait même parler d’usure - est bien-sûr très élevé.

La prolifération du nombre de lombards et d’agences de cash-crédit est un indicateur fiable quant à la difficulté de la vie quotidienne en Russie où – je le rappelle - de nombreux retraités ne touchent que 6000 roubles (100 dollars) par mois.


Pour beaucoup de Russes, le lombard est une bouée qui permet de survivre, une bouée trouée qui ne permet pas de vivre.


6 commentaires:

  1. Bonjour Grog, oui le niveau de vie a diminué en Russie depuis que le rouble est en chute libre. Pendant ce temps il y en a qui se frottent les mains et se réjuissent de l'autre côté de l'Atlantique. De différents spécialistes russes et étrangers font des prévisions pour la hausse du prix de pétrole avant la fin de l'année 2016. J'aime bien écouter des économistes russes comme Gref ou Koudrine, les versions officielles, ainsi que des spécialistes du FMI ou d'autres agences étrangères. Même si la tendance risque de s'inverser, je pense qu'il est plus que temps d'agir sur la diversification de l'économie russe. C'est ce que fait le gouvernement malgré les difficultés. J'admire la patience du peuple russe. Les Français seraient déjà dans les rues en train de manifester. Acia

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    1. Bonsoir Acia, vous avez raison de parler de la "patience du peuple russe"... qui en a vu d'autres ! et qui à mon avis pressent que l'avenir sera meilleur (ce qui n'est pas le sentiment en Europe occidentale où le pire est à venir).
      Pour le cours du pétrole, tout le monde se dit qu'il est tellement bas qu'il ne peut que remonter. Peut-être, mais avec une croissance mondiale au ralenti, rien n'est vraiment sûr...

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    2. Apparemment contrairement à ce que nous racontent les Américains à propos du pétrole en surproduction, en realité il n'en est rien. En tout cas pour l'auteur de cet article:
      http://lesakerfrancophone.fr/une-extraordinaire-course-contre-la-montre
      Dans tous les cas, il vaut mieux toujours se préparer au pire, car en cas de guerre personne ne sera à l'abri. A la limite il vaut mieux chuter d'une petite hauteur comme la Russie que de se casser la figure en tombant d'un gratte-ciel. Je pense aux pays occidentaux trop habitués au confort, deux voitures, voyages, distractions... Acia

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    3. Bonjour Acia, merci pour le lien vers LE SAKER, je ne connaissais pas ce site et j'y ai découvert plein d'articles intéressants.
      Effectivement d'après l'auteur de l'article que vous citez, le cours bas du pétrole serait une stratégie américano-arabe pour affaiblir la Russie et l'Iran. C'est possible mais j'ai plutôt le sentiment que cette chute du pétrole est un phénomène multi-factoriels que personne ne contrôle vraiment (comme l'économie).
      Affaire à suivre en tout cas.

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  2. Bonjour Grog, Je ne suis pas sur que Poutine puisse faire beaucoup. Lorsqu'il s'est retrouvé au pouvoir, les retraites passaient dans la poche des oligarques qui avaient fait main basse sur les ressources naturelles de la Russie. On peut lui reconnaitre d'avoir améliorer les choses et lui demander de faire plus. Quant au mont de piété, il n'a jamais été aussi florissant en France que lorsque la spéculation boursière battait son plein au 19 et 20 siècle. Les barons de la finance se soucient peu du bas peuple. Aujourd'hui, force est de constater que la finance s'est mondialisée et que les cours du pétrole sont fixés par les banques via des options d'achat et de vente qui ne reflètent pas la réalité. La part des exportations d'hydrocarbures s'est fortement réduite dans les recettes de l’état russe sur la volonté de Poutine qui a bien intégré la manœuvre faite par les USA pour faire disparaitre l'URSS. Imaginons juste la Russie d'aujourd'hui avec la même dépendance vis à vis du pétrole. Ce serait le même cauchemar que dans les années 90

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    1. Bonsoir Ronald, je suis d'accord avec vos analyses.
      Une remarque cependant, par-delà la question du pétrole : l'Etat russe, dans les années 90, était en train de s'écrouler, alors qu'aujourd'hui il a été en grande partie reconstruit. Le même cauchemar ne peut donc plus se reproduire et heureusement !

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