samedi 26 décembre 2015

être russe à Istanbul, ça a l'air encore possible




Il y a 7 semaines, j'avais raccompagné mon beau-fils à l'aéroport ATATURK  pour le vol AEROFLOT Istanbul-Moscou de 1h40 du matin : il y avait alors une longue file de passagers qui attendaient pour déposer leurs bagages et s'enregistrer.



Cette fois-ci, 22 décembre, c'est nous qui prenions l'avion, mon épouse, notre fille et moi-même. Même lieu, même heure, même vol : personne ou presque. Une trentaine de passagers tout au plus.

Conséquence directe de la crise russo-turque en cours.

Fait pour le moins inhabituel, le pilote était là en personne au comptoir d'enregistrement ! Un grand gars carré, la cinquantaine, le regard bleu qui pétille, beau dans son uniforme qui arborait encore aux manches la faucille et le marteau soviétiques. Comme nous avons une petite fille, il nous fait passer en premier et colle lui-même les étiquettes sur nos bagages. Il nous explique où et quand récupérer la poussette. Puis il s'adresse à tous les passagers :

"Bonsoir à tous, comme vous le voyez nous ne sommes pas nombreux ce soir. L'avion va être presque vide. Vous aurez chacun 3 places pour dormir. 
Attention, soyez à la porte 310 à 1 heure précise car il n'y aura qu'un seul bus pour rejoindre l'avion sur le tarmac. Si vous ratez ce bus, vous ratez l'avion. Ce serait dommage. Alors  voilà.  Ne vous perdez pas dans l'aéroport et on se retrouve tout à l'heure à bord."

J'avais appréhendé mon escale stambouliote de 24 heures car ma femme et ma fille sont russes et je craignais une ambiance délétère. J'avais d'ailleurs décidé de laisser au Kurdistan mon tee-shirt préféré et mes nouveaux porte-clefs :




Mes craintes se sont révélées complètement infondées : la gentillesse du pilote russe n'a d'ailleurs été qu'un élément positif supplémentaire dans une longue liste.

Le simple fait d'être à Istanbul, dans une vraie grande ville, avec des cafés,  des terrasses, des hommes et des femmes (non-voilées) dans la rue après 2 mois au Kurdistan d'Irak était en soi un vrai plaisir. (Sentiment d'être de retour dans la Civilisation.)

Surtout, en 24 heures dans le quartier central de Sultanahamet, dans les restaurants, les boutiques, les taxis, les hôtels, partout ma petite famille - toujours identifiée comme russe - a été parfaitement reçue : mandarine offerte pour ma fille, chocolats pour ma femme, pâtisseries turques pour nous tous, des "Zdrasvouitié" par-ci, des "paka paka" par-là, et beaucoup de sourires.



Comme si les Turcs - du moins ceux du quartier de Sultanahamet - par cette surenchère de gentillesse voulaient nous dire à quel point ils étaient désolés de la crise en cours.

Dans le taxi qui nous a déposés à l'aéroport, le chauffeur au franc sourire écoutait John Lenon. Et les dernières minutes du trajet se firent au son d'IMAGINE.

"Imagine all the people, living life in peace"...

Noël approchait.

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