vendredi 2 octobre 2015

De la présence de Dieu en terre d’Islam

Lorsque j’habitais en Martinique, le dimanche vers six heures du matin, je quittais mon morne par de petits sentiers, à main gauche les verts Pitons du Carbet,  à main droite « l’azur phosphorescent de la mer des Tropiques. »

Après quarante minutes de marche, j’arrivais à l’église de Schœlcher, blanche aux volets marron, au bord de la mer bleue des Caraïbes.

Pour avoir une chance d’être assis, il fallait y être tôt, au moins quinze minutes avant le début de l’office qui commençait à sept heures. L’église était rapidement pleine. J’ai aimé cette foi forte des Antilles.

Je me souviens du prêtre.

Ses sermons n’étaient pas de ces discours où l’on s’endort. Car il posait des questions aux fidèles et ce n’étaient pas des questions rhétoriques. Non, non, c’étaient de vraies questions et il fallait répondre, prendre le micro qu’il vous tendait et bafouiller quelque chose de plausible, sous peine de passer pour un mauvais paroissien.


 Vous l’avez pris, j’en suis sûr en quittant votre maison, non ?

Et le pauvre chrétien ne sachant que répondre baissait les yeux, alors le prêtre continuait.

 -      Vous l’avez pris votre trousseau de clefs, non ?
  -       Oui.
   -      Et votre porte-monnaie aussi je suppose, avec de l’argent… pour la quête ! ? (il y avait toujours un peu d’humour dans son sermon)
-         Oui, bien sûr.
-         Et avec aussi peut-être les photos de vos enfants ou de votre femme ?
-         Oui, en effet aussi.
-         Et vous avez pris aussi votre téléphone portable… que vous avez bien sûr éteint avant d’entrer à l’église ? (même remarque)
-         Euh oui, j’ai mon téléphone.

-         Vous avez pris vos clefs, vos photos chéries, votre argent, mais l’avez-vous pris lui ? L’avez-vous pris avec vous ?
-        
-         Vous ne voyez pas de quoi je parle ? ou plutôt de qui je parle ?
-        
-         L’avez-vous pris avec vous, lui, votre chapelet ?

Silence dans l’assemblée.

-         Car voyez-vous votre chapelet c’est comme une clef mais une clef qui ouvre le cœur.

C’est comme l’argent, mais un argent spirituel qui permet d’acheter le salut de l’âme.

Un chapelet, c’est comme une photo de vos enfants, de vos parents, de votre époux ou de votre épouse, c’est comme une photo de l’être que vous aimez le plus au monde et qui vous aime le plus au monde.

Un chapelet, c’est un numéro de téléphone, et ce n’est pas n’importe quel numéro,  c’est la ligne direct pour contacter Dieu. C’est le numéro vert pour pouvoir, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, appeler le Christ notre Seigneur, le Christ notre Sauveur !

« Demandez et l’on vous répondra » c’est écrit, « Demandez et l’on vous répondra. »

Et dites-moi, comment peut-on demander ? comment peut-on prier ? si l’on n’a pas de chapelet ? Et un chrétien qui ne prie pas, est-il encore chrétien ?

J’avais bien aimé ce sermon mais de là à acheter un chapelet, cet accessoire pour vieilles filles bigotes…

Le rapport entre la Martinique et l’Islam ?

Ici à Erbil, au Kurdistan d’Irak, ils sont nombreux les hommes de 18 à 81 ans qui marchent d’un pas nonchalant dans la rue -  un chapelet à la main.

Ce petit détail m’impressionne.

Un chauffeur de taxi m’en a même offert un, pour me faire plaisir, par pure gentillesse. Depuis, j'aime le faire glisser, ce chapelet, entre mes doigts et j'aime entendre la petite mélodie des billes de bois ou d'ambre ou de résine - je ne sais trop - qui s'entrechoquent délicatement, semblables à des gouttes d'eau du Paradis tombant sur Terre.

Dans l’Occident laïc, nous courons avec des i-phones toujours connectés au néant des « buzz » d’internet et des « like » de facebook.

Ici, le mahométan pacifiste égraine sans étonnement - et tout en parlant avec ses amis - les quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu.


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2 commentaires:

  1. Dans les pays latins les anciens ont encore leur "terço" avec eux.

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    1. Il y a quelques années, le tricotage de grand-mère était devenu extrêmement tendance à Londres.
      Je rêve d'un phénomène analogue avec le 'terço" ou "chapelet" - qu'il puisse conquérir les jeunes générations mais de façon durable. Etre le signe d'une foi (chrétienne en ce qui me concerne) retrouvée, une foi forte, assumée et joyeuse.
      Plutôt qu'offrir une bêtise téléphonique ou électronique à nos enfants ou neveux : offrons-leur un beau chapelet et montrons leur comment l'utiliser.
      Que Dieu nous guide !

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