jeudi 9 juillet 2015

GROG : portrait d'un monstre

Il y a une dizaine de jours ma sœur Emilie, qui habite Paris, m’a gentiment invité à passer le week-end chez elle avec mon beau-frère et mes petites nièces. Lisa aussi était là, une amie américaine de ma sœur, que j’avais déjà rencontrée (avec son boy friend) il y a trois ans, avant mon départ pour la Russie.

Son père est le "vieux" qui joue dans la saison 1 et 2 de cette série terrific qu’est Walking Dead ! 



Faire la bise à Lisa, c’est presque serrer la main à Rick, le redoutable tueur de zombies.

Rick, le beau gosse qui descend les walkers à coups de Magnum 357.

Avec Lisa, nous avons un peu le même profil et nous nous entendons bien. Je suis prof de français, elle est prof d’anglais. J’ai enseigné en Martinique, en Bosnie, en Russie ; elle a enseigné en Equateur, au Nigéria et en Pologne. Nous n’avons ni voiture (j’ai vendu pour 500 euros ma part de LADA 99 avant l’été), ni maison, ni actions et - à 35 ans passés - nous faisons tous deux partie de la fragile race improductive des rêveurs, voyageurs, glandeurs, lecteurs, squatteurs.

Alors que nous passons à table après un  apéritif arrosé (Laurent, mon beau-frère est un gars fantastique qui a dans sa cave du Lagavulin tourbé à souhait et de l’exquis whisky japonais 18 ans d’âge), ma sœur me demande comment je trouve Paris.

Je réponds qu’après deux mois dans un petit village tout calme de l’Isère, et douze mois sans interruption à Togliatti,  ville rugueuse et ouvrière, Paris est un choc. Tout est bruit, vitesse, agitation, sophistication. Look incroyable des gens : habits variés, recherchés, maquillages, coiffures chiadées, gadgets électroniques plein les mains.
"C’est simple, je me sens comme un extraterrestre de province, perdu dans la Capitale."

J’ajoute, en finissant mon troisième verre de whisky :
"Avec la Gay Pride aujourd’hui dans les rues de Paris,  et les nombreux couples homosexuels qui s’affichent partout joyeusement dans le métro, non seulement je me sens comme un provincial dépassé mais aussi comme un hétéro périmé."
Sur ces bonnes paroles, nous attaquons un melon au jambon de Parme.

C’est alors que, me tournant vers Lisa et croyant naïvement lancer un débat animé, je lui dis :
«  Les Etats-Unis m’ont beaucoup déçu, et les Pères fondateurs doivent se retourner dans leur tombe ! Pourquoi le Cour Suprême a-t-elle voté l’autorisation du mariage pour tous ? Que s’est-il passé ? Obama est-il devenu fou ? La devise des Etats-Unis, ce n’est donc plus IN GOD WE TRUST, mais IN GODmiché WE TRUST !?!»

Grand silence à table.

Lisa me regarde immobile, le visage figé.

Ma sœur très doucement intervient

« Mais Greg, tu ne sais pas que Lisa est homosexuelle ? »

Oups

Euh

Ah

 (Eh non, je ne savais pas. J’en étais resté à John, son boy-friend d’il y a trois ans.)
(La fille aux cheveux courts avec qui elle avait parlé une heure sur Skype, c’était donc sa petite copine)
(Terrible impression d’être tombé dans des sables mouvants : toute parole risquant de m’enfoncer davantage.)

J’ai bafouillé quelques excuses particulièrement pâteuses et spongieuses, et nous avons tous fait semblant de changer de sujet. Je parle donc des paysages de Russie, des monts Jigouli et de la Volga – sujet consensuel s’il en est – mais les paroles semblent sortir de ma bouche au ralenti, comme lestées par des blocs de glace terreuse, et je constate qu’à ma droite Lisa se tasse sur elle-même, se replie, se referme, se recroqueville, s’affaisse, et se met pour de bon à trembler, flageoler, ondoyer, et des larmes et des pleurs déforment et mouillent son visage aux yeux rougis.

La preuve est faite : je suis un monstre. Moi, le réactionnaire authentique dont les propos monstrueux font pleurer les lesbiennes d’Amérique, le disciple de Nicolas Gomes Davila,  un monstre, un vrai.

Lisa inspire profondément, se redresse, essuie ses larmes, avale un sanglot, se recompose un visage et brusquement se tourne vers moi :

Grégoire, je suis choquée par ce que tu dis. Choquée. Pour moi aujourd’hui est une journée particulièrement importante. Le président Obama a dit que c’était un progrès, et c’est ce que je ressens au plus profond de moi. Et je ne comprends pas que tu puisses dire ce que tu viens de dire. Tu parles des Pères fondateurs, mais ils se sont battus pour notre Liberté, et cette mesure est une splendide mesure de Liberté. Tu ne le crois pas ?

J’ai une tante qui s’appelle Ann. Depuis sa jeunesse elle a été attirée par les filles. Mais elle avait honte car elle pensait que c’était mal. Elle a essayé de sortir avec des garçons : elle n’était jamais heureuse. Elle est allée se confesser à des prêtres qui lui ont dit de prier et de prier. Elle a prié mais elle était toujours malheureuse. Elle est allée voir des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes, pour essayer de guérir de ce qu’elle croyait être une maladie. Elle a subit des analyses, des traitements chimiques. Elle était toujours malheureuse. Je me souviens, j’étais petite et tante Ann venait souvent dîner chez nous, elle était toujours triste, toujours tendue, habillée de noir, silencieuse et parfois agressive. Elle me faisait pitié et bien-sûr à l’époque j’ignorais tout de l’origine de son malheur. Mes parents ne disaient rien.

Quelques années plus tard, après mes études, quand je suis revenue d’Equateur, j’ai revu tante Ann à la maison. Ça faisait bien cinq ans que je ne l’avais pas vue. Elle souriait. Elle resplendissait. Ses habits étaient colorés. Elle a fait son coming out. Elle nous a tout expliqué : ses vains efforts pour ne pas être ce qu’elle était pourtant, cette lutte stupide contre la réalité de son être... Mais depuis qu’elle assumait son identité réelle, elle avait trouvé le bonheur, et elle avait trouvé l’amour avec une autre femme qu’elle comptait nous présenter bientôt.

Alors oui, Grégoire, je suis choquée par tes propos car oui, nous sommes différents, mais nous aussi nous avons le droit d’être heureux. Tu ne le crois pas ?

J’avais une amie lesbienne au Texas, elle s’appelait Sarah. Sa compagne, Cindy, avait été hospitalisée. Elles vivaient ensemble depuis 10 ans. Elle n’a pas pu lui rendre visite à l’hôpital, elle n’a pas pu être là quand Cindy est morte car la Sécurité lui barrait le chemin. Elle n’était pas de la famille. Elle n’avait aucune existence légale. 10 ans de vie commune, et elle n’a même pas pu lui tenir la main. Alors tu penses encore que ce n’est pas un progrès ce mariage ?

Pour nous autres gays et lesbiennes grâce à ce mariage, la vie va être plus facile, plus simple, plus humaine. Alors, oui, Grégoire, je suis choquée que tu nommes mal ce qui est un bien.

Lisa avait dit ce qu’elle avait à dire. Très émue, elle n’était manifestement pas en état de soutenir une discussion. J’ai donc acquiescé, pris acte, et fait profil bas pour que le repas –perturbé par mon indélicatesse - puisse reprendre son cours.

Je n’ai rien contre les homosexuels en tant que personnes. J’ai plusieurs amis qui sont « de l’autre bord » pour reprendre les propos de ma grand-mère.

Je trouve normal qu’une certaine existence légale soit accordée aux couples homosexuels (comme le PACS) afin d’éviter qu’une Sarah ne puisse être au chevet de sa Cindy.

Mais le « mariage pour tous », non.

Le mariage homosexuel est au mariage ce que la tomate génétiquement modifiée est à la tomate,  la vache folle à la vache, la tremblante du mouton au mouton : possible - monstrueux - dangereux.

Et qu’est-ce que la douleur de l’homosexuel privé de mariage à côté de la douleur d’un enfant obligé de grandir avec un papa 1 et un papa 2,une maman 1 et une maman 2.

Je n’ai rien répondu à Lisa, mais j’avais envie de me lever de table, d’aller réveiller Manon, ma petite nièce de trois ans, de la sortir de sa chambre et de son lit, de l’extirper de son paisible sommeil,  de la montrer à Lisa et de dire :

Regarde, regarde cette enfant, n’est-elle pas heureuse ainsi ? N’est-elle pas heureuse avec ses parents ? Pourquoi veux-tu l’arracher des bras de son père et de sa mère ? Comment oses-tu souhaiter cette abomination ? Comment peux-tu vouloir qu’elle ait  quatre joues barbues à embrasser ou quatre seins à téter ? 


8 commentaires:

  1. Bonsoir Grog, je ne voudrais pas être à votre place, la situation est bien délicate. Comment dire les choses ouvertement sans blesser la personne, sans s'acharner sur elle, mais au contraire, en montrant l'amour de Christ pour elle? Vous avez raison en disant que ce sont les enfants qui sont les premières victimes de cette situation. Acia

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    1. Bonjour Acia, situation délicate en effet !
      Ce qui est terrible dans ce sujet, c'est le côté planche glissante (vers le gouffre)
      - Les socialistes votent le PACS en jurant qu'il ne conduira jamais au mariage pour personnes du même sexe.
      - Puis, quelques années plus tard, les socialistes votent le mariage pour tous mais ils promettent qu'il n'est pas question que ces couples homosexuels puissent avoir des enfants.
      - Nous en sommes là : une fois que des personnes du même sexe sont mariées, au nom de quoi peut-on les empêcher d'avoir des enfants ? Cela va donc arriver (adoption, mère-porteuse, etc)
      - Enfin : prochaine étape : le révisionnisme littéraire. Une fois que des enfants grandissent dans des couples homosexuels, alors tous les textes qui racontent des histoires où un prince aime une princesse, un homme aime une femme, toutes ces histoires vont être perçues comme discriminatoires, et donc il va falloir les réécrire, les effacer, les expurger. Et c'est ainsi que la logique mortifère s'apprête à tuer notre civilisation.
      Bon week-end !

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  2. Vous pointez du doigt deux phénomènes qui minent les sociétés occidentales. La première est de fait d'imposer la tolérance par les médias. La seconde est la propension de nos élus à légiférer pour le compte des minorités. La seule loi qui est votée et qui concerne tous les Français est le budget donc les impôts. Tous le reste est de l'enfumage sociétal qui ne sert qu'a saper les fondements de la société. La dérive actuelle cherche à faire croire que l'on peut bâtir une société sur l'homosexualité.Avoir de la tolérance pour les homosexuel, oui, mais pas pas au point de culpabiliser les hétérosexuels qui ne sont pas attirés par cette pratique. L'amoureux de la Crimée et de la Jigouli

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    1. Bonjour, j'aime bien cette expression de "tolérance par les médias". C'est vrai que si on ne tolère pas le mariage homosexuel, si on ne tolère par l'avortement de masse, si on ne tolère pas l'immigration de masse... alors on est un intolérant, bref, un fasciste !
      Vous allez en Crimée cet été ?

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    2. En théorie oui, mon épouse doit récupérer le sésame du FMS lundi. Après cela devrait aller assez vite pour une arrivée mi-aout pour au moins 2 mois avec elle et mon fils. 18 mois sans les voir c'est long!!! Pas trop de questions sur l'avenir, trouver du travail, etc... Le Seigneur m'aidera pour trouver du travail compatible avec une vie de famille. Il m'a toujours aidé dans ma vie, les épreuves qu'il m'a envoyées m'ont toujours été bénéfiques. Il suffit d'être un peu attentif pour constater ses grâces et se remettre en ses mains.

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    3. Bonjour. Je suis entièrement d'accord avec ce que vous avez dit précédemment car effectivement, le sujet de l'homosexualité n'est pas le problème numéro 1 pour la société. Il y a bien d'autres préoccupations plus importantes encore. Si on en parlait moins dans les medias ça aurait ete encore mieux. Contente pour vous et votre famille. Ce serait bien si vous portagiez votre périples russes comme le fait Grog! Acia

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  3. Bonjour,
    Jusqu'à très récemment (quelques mois), je partageais votre opinion sur la polémique du mariage homosexuel et le droit aux couples de même sexe d'élever des enfants.
    Mais après des heures passées sur différents sites Internet et forum où des internautes "pro" et "anti" débattaient, j'ai été passablement frappé par la tendance des "anti" à réduire les couples homosexuels à leur sexualité ; en bref, à en faire des bites et des chattes sur pattes. Un peu comme vous avec le "In GodMiché We Trust" !
    C'est de l'humour et on peut parfaitement trouver ça drôle, mais utilisé comme argument c'est tout simplement ridicule. Au-delà des polémiques sur les calculs politiques qui délaissent les problèmes sociaux (chômage, inégalités, violence...) au profit de problèmes sociétaux (mariage gay, communautarisme etc.) pour faire oublier leur incompétence à résoudre les problèmes qui concernent la majorité des personnes, au-delà de ça donc regardons à l'échelle de l'individu : qu'est-ce que, en fin de compte, cela peut bien vous faire que des homos puissent se marier ? Le mariage est certes à l'origine religieux mais avec l'avènement du mariage civil (je vous l'accorde, cette "athéïsation" du mariage en a aliéné sa profonde signification) rien ne justifie la non extension aux couples gays. Et ne commencez pas à mettre dans le même sac homosexualité, zoophilie ou pédophilie : absolument rien à voir.
    Protéger les enfants ? Laissez-moi rire, le nombre d'enfants qui ont le malheur de grandir avec des parents hétéros cons à s'en tirer une balle me donne bien plus envie de les confier à des couples gays intelligents qui s'en occuperaient bien mieux. Car oui, l'éducation, c'est d'abord la transmission d'une culture, d'un savoir et de valeurs, la sexualité c'est largement secondaire... Et n'ayez pas peur que le fait qu'ils soient gays ne biaise l'orientation sexuelle de l'enfant : il y a bien des dizaines de milliers de gosses qui grandissent avec une famille hétéro et qui ont malgré tout une orientation sexuelle vers ceux ou celles de leur sexe.
    En revanche, le fait que l'école en France traite de ses questions dès la primaire est juste à gerber, c'est vrai. C'est aux parents d'éduquer (morale) et à l'école d'instruire, mais si les parents ne sont pas foutus d'apprendre à leurs enfants à respecter ceux qui sont différents, notamment sur le plan sexuel, et à respecter leurs aspirations, il ne faut pas s'étonner que l'école investisse ce terrain là (bon, ok, il y a eu dès le début une volonté de l'Etat et de certaines loges maçonniques de prendre en charge l'éducation des enfants sur tous les plans, cf l'interview de Vincent Peillon sur l'école et la laïcité https://www.youtube.com/watch?v=9W09d-6lZs0).
    Mais bordel, foutez leur la paix aux gays.

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    1. Bonsoir, merci pour votre commentaire.
      De nombreuses remarques me paraissent compréhensibles et presque acceptables.
      Seulement, là où vous vous trompez - et grandement - c'est que vous vous placez, et vous l'écrivez vous-même, "à l'échelle de l'individu".
      Or pour une question d'une telle importance, il faut se placer à l'échelle de la civilisation.

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