dimanche 3 mai 2015

Le bonheur est dans l'huile (de moteur)

Pour faire face à différents imprévus, j’ai dû me séparer de mon fier destrier, ma Lada 99 Spoutnik. Je dis « ma » Lada, mais je devrais dire « notre », car c’était une Lada communiste de 55000 roubles acquise grâce aux fabuleuses économies cumulées de ma belle-mère, mon beau-fils, ma chérie et ma pomme.



Cette voiture – j’en parlais dans un de mes premiers articles – nous a donné bien des sueurs avec des problèmes techniques toujours nouveaux, et pourtant grâce à elle, nous avons pu aller pêcher à de nombreuses reprises dans les magnifiques étangs de Lapatina, nous avons pu aller cueillir des zimlénika -petites fraises des bois - dans les forêts des Jigouli, nous avons pu aller aux champignons, et transporter moult sacs de pommes de terre, d’oignons, de choux et bocaux de concombres salés de la datcha au pogrip (la cave, le cellier, la réserve).

La petite route qui mène aux étangs de Lapatina, à quelques kilomètres de Togliatti.


Bref, ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que nous avons mis notre véhicule collectif en vente.

Pas facile de vendre une voiture dont la jauge essence et l’indicateur de vitesse ne fonctionnent pas, dont le tableau de bord ne s’allume d’ailleurs qu’une fois sur cinq,  dont les portes se bloquent automatiquement une fois sur trois, et dont le moteur cale une fois sur deux lorsqu’on rétrograde sans passer par le point mort.


Ma Lada en automne dans les Jigouli lors de la cueillette des champignons.


Nous ne l’avons pas vendu au meilleur prix mais nous l’avons vendu au meilleur acheteur qui soit. Un grand gars un peu nounours nommé Andreï. Un homme heureux.

« Ma dernière voiture était une Hyundai Solaris toute neuve, une vraie catastrophe, elle ne tombait jamais en panne. 
Jamais le moindre problème mécanique ou électrique. J’étais tout le week-end coincé à la maison (avec ma femme ?) sans aucun prétexte pour sortir au garage, réparer ma voiture, écouter de la musique, discuter avec les copains, chercher des pièces de rechange, et boire un coup quand la réparation est réussie. 
Cette Hyundai Solaris, quel ennui. Moi ce que j’aime c’est bricoler, c’est réparer, c’est mettre les mains dans le moteur…  
Je crois que votre voiture est parfaite pour moi. »

La voilà donc la clef du bonheur ! Il suffit de cultiver son jardin  - mécanique en l’occurrence. 

Pas besoin d’une voiture haut de gamme, pas besoin d’argent, pas besoin de voyages aux quatre coins du monde : quelques copains, une caisse déglinguée, un peu d’alcool… What else ?

Il en est peut-être du bonheur comme de la sagesse du Christ – 
elle échappe aux puissants, aux riches, aux arrivistes, aux bien-nés, aux intelligents.



6 commentaires:

  1. J'ai connu les voitures des années 60, comme les R8, Simca 1000, etc... Il fallait mettre une caisse à outils, bougies, courroies dans le coffre à l'avant le lester et améliorer la tenue de route (tendance naturelle à la tenir toute!). Et les arrêts pique-nique pour faire refroidir le moteur capot ouvert.

    Je connais les Jigouli, Tavria etc...du fait de ma nouvelle famille en Crimée et que je tentes de rejoindre.

    Le point commun entre toutes ces vénérables est que ce sont des moyens de voyage avec leur part de rêves et d'aventures et non des moyens de transport secs et stériles.

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    1. Bonjour et merci pour votre commentaire. Vous avez raison, une voiture peut être un moyen de transport "sec et stérile" ou un moyen de rêver et de vivre une aventure : à chacun de choisir ! Très souvent, les problèmes techniques favorisent les rencontres.
      J'espère vraiment que vous parviendrez en Crimée. Jigouli le matin et baignade l'après-midi ?

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  2. Bonjour Grog! Quant à moi, je préfère la marche à pied aux aventures mécaniques, on profite mieux du paysage! :) Cependant, avec les enfants c’est bien d’avoir une voiture qui roule bien, sans forcément de grande marque! A propos de Poutine, j’attends avec impatience le billet! Acia

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    1. Bonjour Acia, oui la marche à pied, c'est super aussi ! Et la balade à dos d'âne, vous avez essayé ? Pour Poutine, je m'y mets tout doucement mais c'est un sujet qui m'inspire un peu moins que la française ou l'insoumise... A bientôt

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  3. Re Bonjour Grog, j’aime beaucoup ce billet et surtout la dernière phrase. Seulement voilà j’ai une petite interrogation par rapport au dernier mot. La sagesse de Dieu échappe donc aux intelligents... n’echappe-t-elle plutôt pas aux intellectuels? Parce que si on est intelligent, on réfléchit et finit par comprendre des choses et à accepter la souveraineté de Dieu, le chrétien n’est pas un synonyme de chrétin. Par contre, les intellectuels, eux, prétendent tout savoir, s’appuient sur une science ou philosophie particulière et s’y renferment. Acia

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    1. Bonsoir Acia, oui, je suis en partie d'accord avec vous : quand j'écris les "intelligents", j'entends "ceux qui se croient intelligents parce qu'ils savent beaucoup de choses" mais qui en fait ne savent pas tout, puisque le Tout, justement, c'est Dieu. Par contre, je ne suis pas sûr que "si on est intelligent, on réfléchit (...) et on accepte la Souveraineté de Dieu" : je pense que Dieu ne se démontre pas, il se sent, se ressent. Il y a un saut au-delà du savoir, ce saut, c'est la foi. Les scientifiques s'arrêtent, mais nous, les croyants, on continue !

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