vendredi 6 mars 2015

DRACULA et PANCHO VILLA


Il y a quelques jours, à la suite de mon billet DISNEYGRAD VS LENINELAND, j'ai pu lire ce commentaire :

Je m´appelle Guillermo, je vous cherche depuis quelques mois sur internet. Je suis étudiant en philosophie mexicain, tout comme traducteur d'ouvrages littéraires ou philosophiques du français vers l'espagnol.

J´ai même traduit un partie de votre "Anagramme" (que j´ai trouvé comme un bijou caché dans le centre culturel roumain à Paris) tout comme des ouvrages de Roland Jaccard et des inédits de Cioran. 

Je voudrais vous contacter par pour vous demander quelques questions techniques concernant des droits de traduction.


Qu’un Mexicain ait découvert au centre culturel roumain de Paris l' ANAGRAMME - ce livre qui jusqu’à présent dormait en 500 exemplaires dans un carton  froissé de la cave obscure et humide de la vieille maison finistérienne de mes grands-parents -  qu’il le qualifie de « bijou »,  et qu’il l’ait en partie traduit, voilà une très belle, une très bonne, une très surprenante et réjouissante nouvelle !

Si je suis aujourd’hui plutôt du genre chrétien enthousiaste, à l’époque – il y a presque 15 ans - j’étais plutôt nihiliste désespéré-exalté.

Ce jeune homme furieux - qui a écrit l’anagramme de Cioran - je ne le suis plus, mais j’apprécie toujours sa prose vive, fragmentée, tranchante, sanglante, et sa passion.

Car sans passion, à quoi bon vivre ?


La passion selon Cioran : Mon café est fini, que faire ?

Pour vous, chers lecteurs, le premier chapitre - en français et bientôt en espagnol - de cette sombre histoire d'amour et de haine qu'est l' ANAGRAMME.

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N'ayez pas peur de la fin des temps. L'humanité est increvable. Seules les belles choses disparaissent.

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Désir de vivre. Pléonasme ?

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Comme une plaie qu'on refermerait sur une blessure infectée.

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J'aime quand d'un regard naît un sourire. Quand d'un sourire, une parole ? Jamais vu. Mais j'y crois comme en Dieu.

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Dieu existe. Aucun doute. La question, non là. Question, "torture", il y a peu encore : qui est Dieu ? quoi est Dieu ? quand est Dieu ? comment ? pourquoi ? pour qui ? pour où ? Et ça peut durer des heures comme ça la torture. Hydresque et médusale. Et quand on souffre, une seconde est un jour, et un jour une année.

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Croyez-vous en nous Marie ? Croyez-vous encore en des choses incroyables ?

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Apprendre à tuer un homme d'un coup de couteau trempé dans cyanure. Juste une éraflure. Pour rire et pour tuer.

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Hurler pour faire peur. Parce qu'on a peur.

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On va aux putes comme au kebab. Les couilles  pleines, le ventre vide. On bourre par-ci et on se bourre par là, et tout s'inverse.

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Adopter l'enfant dont on a tué les parents ?

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Une citation hors de son contexte, c'est comme une balle hors de son fusil. ça ne sert à rien.

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Vouloir que tout serve : morale de serviteur. De serf. D'esclave. Pour qui se veut maître, l'inutile est patrie.

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A force de fréquenter les grands esprits, de les lire, de les relire, à force de les citer, de les commenter, de dialoguer avec eux, on finit par se croire invité au Banquet. Comme hôte ou comme valet ? Servir du vin à Socrate ?

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Comment tirer l'homme vers le haut sans que pour autant ses pieds ne perdent contact avec le sol ? Comment tirer l'homme vers le haut sans que pour autant ses pieds ne commencent à s'agiter convulsivement, à la manière de ceux d'un pendu ?

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Tout ce qui commence finit.

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Pour un salaud de son espèce, treize balles dans la peau : c'est douze de trop.

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Viser à côté de la cible - humaine. Légèrement en avant. Non par pitié mais par anticipation. Elle bouge la garce.

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Tirer à la mitrailleuse lourde sur ses contemporains, c'est douceur. Je pourrais utiliser la pioche et le couteau.

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Je pourrais ne plus être que l'être n'en serait pas pour autant affecté.

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Le meilleur argument ontologique : le cul d'une chienne-salope russe en string.

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Le diable ? Le cul d'une Étasunienne de vingt-cinq ans qui pèse cinq fois son âge.

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Chaque pas que je fais m'éloigne du lieu et déjà m'y ramène. Toute fuite est impossible. La Terre est ronde.

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Des duchesses et du champagne.

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Je n'ai de la place que pour une femme dans mon cœur. Mais j'ai mille cœurs.

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Chasser les spectres avec un filet à papillons et une kalachnikov.

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Le vent sur les champs de colza, comme sur la mer.

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Etre souple. Savoir plier, mais non l'échine. Etre souple comme la lame d'un fleuret.

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J'aime les livres mais les librairies me dégoûtent. Elles sont pour moi ce que sont les champs de roses au Petit Prince.

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Quand je vois une femme avec une queue de cheval, une furieuse envie de la chevaucher me secoue. Hue ! Dada !

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On ne peut vivre longtemps sans amour. Survivre juste. Heureusement que je m'aime.

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Les femmes rares sont rares. Celles qui font quelque chose de leur névrose. Celles qui canalisent leur hystérie, qui se nourrissent de leur anorexie, qui fertilisent leur angoisse...

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Charger des putes dans ma caisse et décharger. Les faire monter pour les démonter.

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Les colonnes d'un emploi du temps comme les barreaux d'une prison.

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Qu'est-ce que Dieu sinon cette métamorphose qui consiste à donner un visage au rien, à personnifier le néant ?

Qu'est-ce que l'amour sinon la personnification du néant en Dieu, et la transfiguration de Dieu en l'être aimé.

*

Etre libre, ce n'est pas être soi-même. Au contraire. Etre libre, c'est sortir de soi, c'est s'arracher à soi-même.
Il faut s'aliéner, s'enchaîner, mais à quoi ?

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Furie, tu m'affoles.

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Lécher l'asphalte et le béton que ses pieds auront foulés.

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On ne force pas le désir. Aimer ne donne aucun droit. Juste un devoir total et accablant.

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Celui qui me tuera est déjà mort. Son cadavre défoncé pourrit depuis longtemps dans un fossé décomposé.

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La virginité jusqu'au mariage ? Pourquoi pas. Quand on se marie à dix-sept ans.

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La mer en furie est si belle. Quand on n'est pas dessus.

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Le bateau, j'aime ça. Quand il est au port, pas loin des bistros.

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Qu'on ne me demande pas ce que je fais et où je vais. Ce sont là des questions de flics. Elles m'irritent.

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Veuve poignet, mauvaise femme.

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La libération est un combat exaltant. La liberté un ennui accablant.

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Ne jamais être libre. Le devenir toujours.

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Je suis trop égoïste pour être jaloux.

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Moi, l'homme-savon, la passion glisse sur moi.

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Pouvoir de la femme à la poitrine généreuse. Elle fait baisser les yeux.

*

Corina

Tu m'aimes bien
Moi je t'aime
Je t'aime sans bien
Je t'aime mal sans doute
Haut et court
Comme un pendu qui est mort et qui bande


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Si vous voulez vous procurer cet ouvrage rare (ou si par hasard vous êtes un éditeur intéressé pour un retirage), contactez-moi.

Prochainement : la version en espagnol de ce texte ainsi qu'une petite présentation de Guillermo, le traducteur mexicain, qui est aussi rédacteur et créateur d'une très belle revue, AVISPERO.


AV8porta


www.avispero.com.mx

2 commentaires:

  1. Privet, presque 15 ans donc que je l'ai lu... que le temps passe vite en ce bas monde!
    Seb

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    1. Eh oui, le temps passe. Il y a 15 ans, j'avais écrit :"Nous sommes dans le temps comme un poisson dans une baignoire qui se vide". Je ne partage plus cette vision sombre du tic-tac. Le temps est ce qui permet au réel d'advenir, et parfois au meilleur. en tout cas, c'est lui qui m'intéresse. A bientôt, Seb.

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