jeudi 26 février 2015

Du Coran et de l'apostasie - droit de réponse.


Je publie aujourd'hui un commentaire d'un des fidèles lecteurs de ce blog, Mahmoud Lakama, adepte du muttazilisme, cet islam du logos et de la rationalité grecque.

D'après Mahmoud Lakama le texte du Coran ne contiendrait aucunement l'exigence de punir de mort l'apostat. (En est-il de même dans les Hadiths - textes aussi vénérés dans le monde musulman que le Coran ? C'est là une autre question.)

Ce commentaire est donc un droit de réponse à mon billet sur le film l'Apôtre de Cheyenne Carron, censuré de Brest à Vladivostok.






Cher Grog,
Un sondage de janvier 2015 montre que près d'un Français sur deux a peur de l'Islam. C'est sur cette peur, ce rejet, que pousse le FN, 1er parti de France aux Européennes et sans doute le 1er lors des cantonales de mars 2015. En effet, les électeurs et sympathisants disent majoritairement ne pas croire aux idées économiques du FN (en particulier sortir de la zone euro) mais adhérer au fameux "on est chez nous" !

Dans cette ambiance générale de dénigrement de cette religion qui touche les milieux populaires mais aussi des personnes dotées d'un capital culturel élevé, je reviens sur un dogme qui voudrait que l'apostasie soit condamnée de mort... 

Voyons ce qu'il en est dans le texte divin...

Le fait de changer de religion après l’avoir reconnue et pratiquée avec droiture réduit à néant l’œuvre pie, tel est l’avertissement dans le verset suivant. … "Ceux qui abjureront leur religion et mourront infidèles, vaines seront pour eux leurs actions dans la vie immédiate et la vie future". Sourate 2, La vache, verset 217.

Il en va de même pour ceux qui se sont fourvoyés après avoir été bien guidés. "Ceux qui sont revenus sur leurs pas après que le droit chemin leur a été clairement exposé, le Diable les a séduits et trompés. C’est parce qu’ils ont dit à ceux qui ont en aversion ce que Dieu a révélé : « Nous vous obéirons dans certains cas ». Dieu connaît cependant ce qu’ils cachent". Sourate 47, Muhammad , verset. 25.

En dépit de la dureté des admonestations, il n’y a aucune criminalisation de l’apostasie. Le contenu du Coran devait s’adapter à l’entendement des premiers récipiendaires. Le discours révélé fait appel, entre autres arguments, à la tromperie de Satan, afin que les croyants se prémunissent contre tout égarement. Dans une perspective religieuse invitant à répondre présent à l’appel du mystère, où la parole du Créateur ne se décline pas comme une confidence mais se fait entendre comme un commandement, des « mises en garde » sont adressées aux fidèles dans un langage qui leur est accessible et compréhensible. 

En tout état de cause, il n’y a aucune délégation qui soit faite aux hommes pour se charger d’une quelconque mission punitive sur terre afin de châtier les renégats. S’arroger le droit de l’accomplir, en dehors de tout mandat divin ou humain, est un crime odieux et haïssable.

À ce titre, tout croyant sincère doit s’en tenir à témoigner de sa foi. "S’ils te contredisent, dis-leur : « Je me suis entièrement remis à Dieu, moi et ceux qui m’ont suivi ». Et dis à ceux à qui le Livre a été donné, ainsi qu’aux ignares :      « Avez-vous embrassé l’islam ? ». S’ils se remettent à Dieu, ils seront bien guidés. Mais, s’ils tournent le dos... Ton devoir n’est que la transmission du message. Dieu, sur Ses Adorateurs, est clairvoyant." Sourate 3, La famille de `Imran, verset 20.

Remettre autrui – malgré lui – dans le droit chemin n’est l’affaire de personne, pas même celle du Prophète dont la mission s’arrête uniquement à la transmission.

Bien-sûr ces arguments n'enlèvent rien à la beauté de Cheyenne Carron... 
Peut-être seulement qu'ils permettront de mieux distinguer entre l'essence et l'existence, les textes et ce qu'en font les hommes, la religion et les religieux, l'islam et les musulmans !

Mahmoud Lakama



3 commentaires:

  1. Oui il existe au moins un hadith qui ouvre la possibilité du meurtre de l'apostat... mais ce hadith est peut-être un apocryphe. D'ailleurs, la sacralité des hadiths est très discutable (voir les deux derniers livres d'Alfred-Louis de Prémare que j'ai eu la chance de rencontrer personnellement en 2004). Prémare rappelle bien qu'il s'agit certainement de textes juridiques liés à un contexte particulier... textes d'origine humaine pour la plupart.

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  2. Islamophobie signifie littéralement "Peur de l'Islam". Bien qu'ayant vécu de longues années en terres arabes - et donc musulmanes - et ayant apprécié leur culture, à la lumière des meurtres récents commis par des musulmans, oui, j'ai peur de l'Islam. Certes, phobie signie "Peur irraisonnée" mais ma phobie consiste en une peur raisonnée d'actes irraisonnés... je pense que je peux utiliser le terme Phobie mais je n'éprouve pas de haine.
    Pour en revenir à l'apostasie, voici un lien vers Wikipedia (on peut en trouver d'autres) décrivant les declinaisons de l'apostasie par les pratiquants de l'Islam : http://fr.wikipedia.org/wiki/Apostasie_dans_l%27islam
    On y apprend que la peine de mort est encore appliquée par l'Islam au pays de la Mecque... Ainsi quand je vois des musulmans "modérés" comme Mahmoud Lakama réclamant un droit de réponse mais niant en quelque sorte la lecture violente qui peut être faite de leur religion, cela ne fait qu'augmenter ma peur. Vous comprendrez donc que je tiens à rester anonyme.
    Très cordialement,
    Berlingot

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  3. Cher Berlingot, merci pour votre commentaire. Je tiens à préciser que Mahmoud Lakama n'a pas "réclamé" de droit de réponse. Son texte a d'abord été publié comme commentaire (à l'article consacré au film l'Apôtre) mais j'ai trouvé ce commentaire intéressant et j'ai donc décidé - avec l'accord de l'auteur - d'en faire un billet à part entière. L'expression "droit de réponse" est donc de moi.

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