mardi 27 janvier 2015

La classe relais : colonie de vacances pour les cancres

Depuis quelques semaines, en plus de mon boulot de précepteur à l'école 67 de Togliatti - oblast de Samara, Russie - je donne aussi quelques heures de cours de français à des petits groupes d'adultes russes. 4, 5 ou 6 élèves, pas plus. Surtout des femmes.

Ces effectifs réduits me rappellent la classe relais de Carrières-sous-Poissy où j’ai enseigné pendant quelques mois il y a quatre ans déjà.

Cette classe relais, quand j'y repense, quelle fumisterie, quel gouffre pour l’argent public!

Avant d’y être, je l’avais imaginée comme un purgatoire terrible, un bagne redoutable, un goulag sibérien, où les pires élèves de l’Académie étaient envoyés six ou huit semaines pour apprendre le respect et le travail.



Je délirais.

Cette classe relais, pour eux, c’était le paradis, les vacances cinq étoiles, tous frais payés par ce bolos de contribuable.

Passées les quarante-huit heures d’adaptation, les quatre ou cinq heureux élus découvraient qu’ils avaient gagné :
- un emploi du temps allégé qui les faisait commencer à 10h et finir à 15h,
- une équipe pédagogique aux petits soins avec des programmes ludiques,
- en plus personne ne les frappaient lorsqu’ils ne foutaient rien,

 Très vite ils séchaient, et devenaient insolents voire menaçants.

L’un d’eux me dit un jour :
« Z’y va, a qwa sa ser d’étudié ? J’m’en ba les kouyes ! Mé frère y gagne 10 foi c k vs gagné ! Vs croyez k’faut dé zétud pr l’biznes ? Tsss, sa mer, sur la barb du profèt !»
Et par « biznes », il fallait bien-sûr comprendre trafic de drogue.

Ce qu’il aurait fallu à ces petits cons, c’était la caserne, le champ ou l’usine.
Non pas un pédagogue qui discute et entend, ni un psychologue qui dialogue et comprend, mais un contremaître ou un caporal-chef qui ordonne, qui donne des limites.
De vraies limites : physiques, sensibles, douloureuses.

La sortie en classe relais à Carrières-sous-Poissy, la sortie en catamaran dans la baie de Fort-de-France (dont j'ai parlé dans un billet précédent) c’était la même chose, c’était le même symptôme : le Système qui récompense le méchant, qui le flatte, parce qu’il en a peur.

Le véritable visage de la classe relais de Carrière-sous-Poissy


Au moins ici, en Russie, mes élèves, Masha, Dasha, Nastia, Ksenya, Irina, Tania ne me font pas peur : elles sont belles, elles sont drôles, elles me font rire ! Le plaisir d'enseigner ? Oui, oui, ça existe, ici-même en Russie !



2 commentaires:

  1. Je vous lis régulièrement depuis quelques temps. Merci. La classe relai m'a bien fait rire.
    Beringot.

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  2. Merci pour votre petit mot et je suis vraiment content si ce billet vous a fait un peu rire. C'est vrai que cette classe relais n'est qu'une vaste blague !

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