lundi 22 septembre 2014

SAINTE RUSSIE: Raspoutine pour de vrai ! (ou presque)

La bibliothèque Avto de Togliatti était quasi déserte, et je rêvassais au rayon littérature française lorsqu’Irina, la bibliothécaire, vint me dire qu’il y avait quelqu’un à l’accueil qui voulait parler à un Français, quelqu’un d’un peu « bizarre » .
J’allai à la rencontre de cet étrange visiteur.
Ma surprise fut grande : RASPOUTINE en personne, ou du  moins son sosie.

Mon étrange visiteur ressemblait au Raspoutine de PRATT

Grand, la carrure athlétique, des yeux d’un bleu d’acier, avec une très longue barbe blanche.
RASPOUTINE juste un peu vieilli, la soixantaine, et habillé d’un costume correct mais élimé.

Dans un français un peu hésitant, il me demanda si je pouvais l’aider car il avait un problème de traduction.
« Bien sûr », répondis-je, tout en l’invitant à s’asseoir à ma table.
« Il y a quelques années, me dit-il, une Française de passage à Togliatti m’a offert une Bible, mais il y a un passage que je n’arrive pas à comprendre. »
Et il commença à me réciter le psaume 58, La condamnation des juges injustes.
Il connaissait le texte par coeur.
Les psaumes du Roi David, de mémoire et en français !

Les paroles sacrées sortaient de sa bouche avec un léger accent où le « r » chantait doucement.
J’avais l’impression d’avoir devant moi un vieux sage de la tribu d’Abraham.



Il arriva enfin à son problème.
Il n’était pas sûr de comprendre cette phrase :
« Les méchants sont comme la limace qui fond en avançant »
Il la prononça plusieurs fois.
« Comme la limace qui fond en avançant »
« Comme la limace qui fond en avançant »
« Mais, dit-il, la limace ne fond pas en avançant ? je ne comprends pas. »
Je n’étais pas sûr de comprendre mieux que lui.
« C’est une image, répondis-je, une comparaison peu flatteuse pour les méchants, une image négative et et repoussante, et c’est tout ! »
« Ah... »
Il avait l’air un peu déçu.

Puis il commença à m’expliquer que la version française de la Bible était meilleure que la version russe qui était souvent épouvantable.
 Il ajouta même qu’il fallait parler français pour bien comprendre Dieu.
Et il répéta cette phrase plusieurs fois.
« Il faut parler français, pour bien comprendre Dieu. »

Je pense que n’importe quel français normal – c’est à dire athée – trouverait cette remarque un peu bizarre, mais moi qui suis fou – c’est à dire chrétien puisque le christianisme est la plus belle folie qui soit - j’étais flatté de ce compliment pour la France –fille aînée de l’Eglise – et pour la langue française.

Je dirai dans un prochain billet, tout ce qu’Andrei me raconta ce jour-là, mais pour l’instant je veux juste me rappeler cette phrase que j'ai entendue à la bibliothèque Avto de Togliatti en Russie.


« Il faut parler français pour bien comprendre Dieu »





4 commentaires:

  1. Cocoricos à part, ;) je pense que le contraire est bien vrai :
    Il faut comprendre Dieu, ne serait-ce que celui de la culture, pour BIEN parler français ou n'importe quelle autre langue.

    L'image du verset n'est peut pas être plus poétique ou claire: le méchant cette limace qui fonde, mais peut-être chez les russes les méchants ne fondent pas, regardez Lénine sa dépouille est toujours là....

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  2. Il faut lire: "L'image du verset NE peut pas être plus poétique..." ;=)

    Cher Grog, vous devriez donner la possibilité d'éditer les commentaires.

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  3. La traduction par le verbe "fondre" n'est pas bonne dans une première analyse. Ce russe a très bien compris le non-sens de cette traduction. Le verbe exact est: qui "mouille de sa bave".
    Ce qui exprime symboliquement que celui qui fait le mal,laisse derrière lui dans l'historique de sa vie la trace du mal qu'il a fait et qui n'échappe pas à la vision spirituelle quand bien même un individu ordinaire n'y verra rien ultérieurement.
    Mais le verbe "fondre" porte bien le sens second que le texte original (hébreux ou araméen) dévoile à qui veut bien comprendre la symbolique: Le mal "dissout" petit à petit l'humain malfaisant au niveau spirituel. Quand la limace a "fondu" toute sa bave, elle ne peut plus avancer et elle meurt faute d'eau.
    Il en est de même pour le "serpent qui a craché tout son venin". il devient inoffensif !
    Quand tout le mauvais coté d'un être a été "fondu" dans le mal, alors soit dans cette vie, soit dans une autre cet être ne peut qu'être un "faiseur de bien".

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  4. Merci Jean alex pour cette belle analyse du verbe "fondre". J'en parlerai à mon "Raspoutine" la prochaine fois que je le rencontre.

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