vendredi 12 septembre 2014

MOLIERE ET LE MARIAGE POUR TOUS !

En relisant Les femmes savantes de Molière, j'ai été littéralement scotché par la première scène du premier acte. 


Molière préfère Henriette !

L'attaque en règle du mariage formulée par Armande semble avoir inspiré directement les fossoyeurs du vrai mariage (plus connus sous le nom de partisans du "mariage pour tous")


ARMANDE
Quoi ! le beau nom de fille est un titre ma soeur ,
Dont vous voulez quitter la charmante douceur,
Et de vous marier vous osez faire fête ?
Ce vulgaire dessein vous peut monter en tête ?

HENRIETTE

Oui, ma soeur.

ARMANDE

Ah ! ce oui se peut-il supporter ?
Et sans un mal de coeur saurait-on l’écouter ?

HENRIETTE

Qu’a donc le mariage en soi qui vous oblige ?
Ma soeur...

ARMANDE

Ah ! mon Dieu, fi !

HENRIETTE

Comment ?

ARMANDE

Ah ! fi ! vous dis-je,
Ne concevez-vous point ce que, dès qu’on l’entend,
Un tel mot à l’esprit offre de dégoûtant ?
De quelle étrange image on est par lui blessée ?
Sur quelle sale vue il traîne la pensée ?
N’en frissonnez-vous point ? et pouvez-vous, ma soeur,
Aux suites de ce mot résoudre votre coeur ?

HENRIETTE

Les suites de ce mot, quand je les envisage,
Me font voir un mari, des enfants, un ménage ;
Et je ne vois rien là, si j’en puis raisonner,
Qui blesse la pensée, et fasse frissonner.

ARMANDE

De tels attachements, ô Ciel ! sont pour vous plaire ?

HENRIETTE

Et qu’est-ce qu’à mon âge on a de mieux à faire,
Que d’attacher à soi, par le titre d’époux,
Un homme qui vous aime, et soit aimé de vous ;
Et de cette union de tendresse suivie,
Se faire les douceurs d’une innocente vie ?
Ce noeud bien assorti n’a-t-il pas des appas ?

ARMANDE

Mon Dieu, que votre esprit est d’un étage bas !
Que vous jouez au monde un petit personnage,
De vous claquemurer aux choses du ménage,
Et de n’entrevoir point de plaisir plus touchants,
Qu’un idole d’époux et des marmots d’enfants !
Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires,
Les bas amusements de ces sortes d’affaires.

Les Femmes savantes, Acte 1, scène 1


Henriette, voilà un beau symbole pour LA MANIF POUR TOUS !




Aujourd'hui, la France c'est Armande, la Russie Henriette.




3 commentaires:

  1. Cher Grog,

    Vous faites un rapprochement intéressant, mais votre conclusion s’égare.

    A mon sens la démarche d'Armande est plutôt noble, en ce qu’elle aspire à élever l’individu par-dessus sa bestialité. Si elle devrait refléter un pays elle serait plutôt l'Allemagne, pays où les classes supérieures ne se marient plus et ne croient pas que le but de la vie soit la procréation et cela sans regret. Dans leur sagesse ils ont même légalisé la prostitution pour satisfaire aux petits besoins physiologiques.

    En revanche la démarche des gauchistes du "mariage pour tous" français est pathétiquement provinciale ; ils aspirent à imposer la grotesque médiocrité du ménage socialiste de base à tous. C'est-à-dire, faire en sorte que les homosexuels se mettent à élever des enfants nourris aux allocations familiales, dans des HLMs, des marmots bien endoctrinés ensuite par des enseignants marxistes et voués donc à devenir des petits membres du parti ou du moins des agents de son idéologie. Bref, les homosexuels deviendraient, eux aussi, des éleveurs de nouveaux sujets de l'Etat Providence, qui est le totem de la religion socialiste.

    D’ailleurs, leur slogan trait l'essence même de leur collectivisme meurtrier, ennemi de tout individualisme, remarquez: "le mariage POUR TOUS", comme si le mariage pouvait ou devait être pour tous…

    Oh combien plus sage est la doctrine chrétienne, qui contrairement à Hitler, à Staline, à Flamby ou à Taubira ne commande ni le natalisme ni le mariage ! Souvenez-vous du mot de Paul en parlant du mariage:

    "Notez bien qu'il s'agit là d'une concession et nullement d'un ordre. Je voudrais bien que tout le monde soit comme moi (célibataire), mais chacun reçoit de Dieu son don particulier, l'un le mariage, l'autre le célibat."

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  2. Cher Obscurusverainvolens, merci pour votre commentaire.
    C'est vrai qu'Armande, par certains côtés, est touchante. Elle veut émanciper la femme mais ce que vous appelez "dépassement de la bestialité" n'est pour moi qu'une inquiétante "haine du corps". Or le christianisme avec l'incarnation du Christ nous révèle que le corps 'temple de l'esprit" est sacré.
    Tout a fait d'accord avec votre conclusion sur la sagesse de la doctrine chrétienne ! Ce que j'aime en Russie c'est que cette sagesse chrétienne est inscrite dans la loi qui protège la "Sainte famille".

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  3. Il est très significatif et aussi paradoxale que vous mentionnez ce concept de « haine du corps » et au fond la pièce ne parle pas d'autre chose: le corps,

    "Le corps avec l'esprit, fait figure, mon frère"

    "Je lui montrerai bien aux lois de qui des deux
    Les droits de la raison soumettent tous ses voeux;
    Et qui doit gouverner, ou sa mère, ou son père,
    Ou l'esprit ou le corps; la forme, ou la matière"


    En somme nous sommes ici chez Platon, les allusions de Molière étaient sans soute transparentes pour le spectateur instruit de son temps, il n’a donc fait qu’exploiter la vielle opposition platonicienne entre le corps et l'âme, entre philosophes et philosomatas, c'est-à-dire, entre les amants de la sagesse et les amants du corps. Dans ce sens la pièce a peu à voir avec une quelconque émancipation des femmes, celles-ci ne sont qu’un prétexte, la vraie émancipation dont Molière, en bon libertin, se moque est l’émancipation de l’âme. Ceci malgré le fait que si quelqu'un devait aspirer à un tel dépassement ce sont précisément les femmes à cause du rôle brutal que la nature leur réserve: souvenez-vous que d’après la Genèse l'enfantement est avant tout une malédiction divine, un «brisement d'entrailles" dans les mots de Chateaubriand.

    Quant à la "haine du corps", ce concept est un slogan rapide plutôt qu'une notion sérieuse, un slogan idéologique destiné à contrer toute notion de discipline et/ou d'autocontrôle et à rassurer la puérilité de l'intelligentsia des années 60 et 70. Il est assez amusant que celui qui fit carrière en exploitant cette notion n'est pas autre que le père spirituel de la "Gender Theory » donc du mariage pour tous ! Je parle ici d'un homme dont l'épouvantable mort de pédéraste débauché, infecté par le sida, est le corolaire le plus éloquent à ses spéculations simplistes et grossières: Michel Foucault.

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