lundi 11 août 2014

SAINTE RUSSIE : RASPOUTINE, LE FOU DE DIEU !


 « Pour se rapprocher de Dieu, il faut beaucoup pécher », déclarait Raspoutine.

C’est avec cette phrase choc, cette phrase scandale, cette phrase paradoxale, que j’inaugure cette rubrique SAINTE RUSSIE consacrée au phénomène religieux en Russie.



Raspoutine - le moine errant de Sibérie, le guérisseur-magnétiseur capable d’arrêter par la prière ou par l’imposition de ses mains les hémorragies du tsarévitch hémophile, l’homme au regard hypnotique, le buveur impénitent, le coucheur invétéré – Raspoutine, donc, ne quittait jamais la sainte croix en or que la tsarine Alexandra lui avait offerte. Pourquoi ? 
Car lui le débauché de Saint Pétersbourg savait bien que seule la croix permet d’échapper à la damnation qui guette celui qui se croit naïvement innocent, il savait bien que seule la croyance en la croix sauve.



« Le péché, ajoutait-il, nous est donné pour que nous puissions nous repentir, c'est la joie pour l'âme, la force pour le corps, tu comprends ? Sans péché, il n'y a pas de vie, parce qu'il n'y a pas de repentir, il n'y a pas de joie. »

Par-delà le paradoxe et la provocation évidente de la formule, il y a une vérité : l’homme fait le mal, l'homme est pécheur. 

Ce n’est pas pour rien que chaque messe commence par le Confiteor.

Je confesse à Dieu Tout Puissant
Je reconnais devant mes frères
Que j’ai péché
En pensée, en parole, par action et par omission
Oui, j’ai vraiment péché
C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute.
C’est pourquoi je supplie la vierge Marie, les anges et tous les Saints,
Et vous aussi mes frères,
De prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Ce texte est un formidable hymne à la liberté. Non, ce n’est pas la faute des autres, ni du système, ni du voisin, c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute, car je suis libre, vraiment libre, absolument libre. 

Et cette liberté – en Dieu et avec Dieu – que peut-elle être d’autre sinon cette « joie », « радость » en russe, dont parle le staretz Raspoutine ?



Pour finir, comme un écho à la folie russe de Raspoutine – une pensée de Nicolas Gomes Davila, le Colombien magnifique, auteur d’un des seuls livres de philosophie du XXème siècle qui vaille, Le Réactionnaire authentique.

« Le voleur qui se signe avant de commettre son forfait indigne le puritain. Moi, je reconnais en lui un frère. »

Raspoutine, notre frère à tous...


3 commentaires:

  1. Pas choqué du tout ! quand on sait que la purification peut procéder soit par le haut (ascèse) soit par la souffrance (des fautes regrettées).....
    Raspoutine avait incité le Tsar à ne pas tenir son engagement d'allié aux cotés de la France et de la Grande-Bretagne pour épargner au peuple russe les horreurs de la guerre. Ce conseil n'a pas été suivi pour cause de:
    - respect de la signature d'une caste dirigeante au profit d'autres élites dirigeantes. Donc primauté de l'honneur au lieu de bonheur du peuple
    - Priorité donnée à la guerre au lieu de la négociation
    -

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  2. Merci pour votre commentaire mais avouez quand même que le péché n'est pas toujours un processus de purification, il est bien souvent cela même qui "conduit loin du regard de Dieu" pour reprendre l'expression de Baudelaire.

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  3. Permettez-moi de souligner encore que la purification découle de la souffrance...... et non pas du péché en lui-même. Nuance.
    Et aussi que "les voies du Seigneur sont impénétrables" !

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